120 nuances d’Afrique. Anthologie établie par Bruno Doucey, Nimrod et Christian Poslaniec.

Editions Bruno Doucey. 288 pages. Paru le 11 février 2017.

Résumé et avis

Cette anthologie est un ensemble d’extraits de textes de différents auteurs du continent africain et de sa diaspora. J’ai apprécié la qualité des morceaux choisis et leurs répartitions en fonction des régions géographiques d’où sont issues leurs auteurs. Un classement par pays n’aurait pas été pertinent puisque les frontières artificielles qui les délimitent n’ont aucun sens. Je vais vous retranscrire un extrait de la préface de l’éditeur Bruno Doucey qui est juste parfaite :

« L’Afrique, les Afriques… On le sait, le continent africain n’est pas une civilisation mais une mosaïque de civilisations où s’entremêlent ethnies, langues, cultures, religions, arts, coutumes -, et qui varient prodigieusement d’une époque à l’autre. Si l’on superposait trois cartes d’Afrique indiquant ces données à mille ans d’intervalle, on se rendrait compte à quel point ce continent est mouvant, alors même que le Sahara, le Kilimandjaro ou le Grand Rift, à l’échelle humaine, restent immuables. Nos « nuances »entendent rappeler cette mouvance.

Elles le font d’abord sur un plan géographique, en déjouant les pièges que les frontières d’État font peser sur les représentations de ce continent. Nous n’allons pas d’un pays à l’autre, mais d’une entité géographique donnée, coordonnée, à une autre entité géographique : méditerranéenne, saharienne, sahélienne, éthiopique, australe, caribéenne, américaine…-, en douze chapitres comme les douze mois d’une année ou les douze haches qu’Ulysse aligna dans sa demeure et traversa d’une même flèche. »

Un très beau livre à lire. Coup de cœur 2017.

Le livre est disponible dans les points de vente habituels.

Visitez le site internet des Editions Bruno Doucet ici.

 

Extraits:

Les déchues d’Adelle Barry p.60

Et puis quoi ?

Kadjatou Xialong Yung

Je déjeune en mafé

Je dîne en sushi

Les yeux émincés

Le nez gros

Une pincée de sel dans mon identité

Quelle chance !

 

Le chant des rameurs de Birago Diop p.50/51

J’ai demandé souvent

Écoutant la Clameur

D’où venait l’âpre Chant,

Le doux Chant des Rameurs.

 

Un soir, j’ai demandé aux jacassants Corbeaux

Où allait l’âpre Chant, le doux Chant des Bozos,

Ils m’ont dit que le Vent, messager infidèle, Le déposait tout près dans les rides de l’Eau ;

Mais que l’eau désirant demeurer toujours belle

Efface à chaque instant les replis de sa peau.

 

Pourtant je m’élève de Maya Angelou p.242/243

Mon attitude altière vous offense-t-elle ?

Est-ce trop dur pour vous de la supporter ?

Parce que je ris comme si j’avais trouvé

Des mines d’or dans mon arrière-cour.

 

Je parlerai sans détours de Susan N. Kiguli p.127

Je parlerai sans détours,

Parce que j’ai envie d’abandonner les devinettes.

Je vous raconterai comment nous avons tenu nos têtes

Entre nos mains

Parce que le hibou avait fait entendre son hululement toute la nuit

Et que les chiens hurlaient comme s’ils étaient en deuil :

Nous attendions de mauvaises nouvelles.

Nous les avons reçues.

Notre mère était aveugle d’un œil,

Privée de l’usage de la jambe droite.

Parce qu’elle n’avait pas voté

Pour le candidat de son mari.

 

Laissez-moi rappeler à votre mémoire

Le jour où les plantains pelés

Se sont retrouvés dans la marmite.

Nous avons égorgé un coq,

Anticipant la venue d’un invité de marque.

Et nous l’avons eu :

Notre fille – morceaux de chair dans un sac –

Un cadeau de la part de son mari.

[…]

 

Je m’étais allongé… de Jonathan Kariara p.121

Je m’étais allongé l’autre nuit et je rêvais

Tous on nous enduisait

De l’argile blanche de l’enseignement étranger,

Et elle étouffait, étouffait l’homme noir endormi

À l’intérieur

Se réveillera-t-il perle dans une coquille d’huître

Ou pourriture ?

 

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