Blue Bay Palace de Natacha Appanah-Mouriquand

Éditions Gallimard. 104 pages. Paru le 01/01/2004.

Résumé et avis

Maya une jeune femme indienne de Blue Bay, vit une relation amoureuse avec Dave, le patron de l’hôtel Le Paradis où elle travaille. Un jour elle apprend une nouvelle qui fait voler en éclat ses rêves et son amour. Abattue, Maya reste fixée sur son malheur, l’entraînant davantage vers les abîmes où aucun retour n’est possible.

« Qui avait décidé, et pourquoi, que moi je m’en sortirais mieux ? Que je finirais au lycée et que je travaillerais au Paradis et que, moi, je trouverais un garçon très convenable ? Les autres ont quitté l’école brusquement, sont pêcheurs, vendeuses, serveurs, putes, gemmes battues, alcooliques. Souvent le matin, quand je remontais le village et que je sentais ces regards envieux sur mon uniforme fraîchement repassé, je pensais à ça. Je me disais que je ne méritais pas cette chance et j’attendais tranquillement un retour de bâton. »

Blue Bay Palace est un roman relatant une histoire triste et réaliste sur un amour impossible. Dans ce roman, Maya et Dave appartiennent à deux mondes opposés. Ils sont issus de castes et de milieux sociaux différents. L’autrice a utilisé les mots justes pour nous faire ressentir le désarroi de Maya. Son cœur devient amer face à la lâcheté de Dave qui n’ose pas affronter sa famille. C’est un personnage assez fourbe qui se cache derrière les traditions et le respect des valeurs familiales pour justifier sa couardise. À aucun moment il ne montre de réels sentiments amoureux pour Maya. Au contraire il semble profiter de sa naïveté et de la faiblesse qu’elle a pour lui.

« Le soleil s’étendait sur la mer pour ne plus former avec elle qu’un paysage éclatant. J’ai laissé ses mots entrer en moi, je pouvais les sentir littéralement s’enfoncer dans ma peau, couler le long de mes veines et se balader de ma tête à mes pieds. À mesure qu’il parlait, toute ma colère s’écoulait hors de moi. Elle allait rejoindre l’océan et fondait tout entière. J’aurais voulu la retenir encore mais elle glissait comme de l’eau sur la feuille de songe et je me laissais faire. »

La passion est très forte, elle consume son corps et son esprit. Elle se laisse aller, s’inflige des souffrances et devient actrice de sa propre destruction. Au fil des pages, la douceur et la poésie de la jeune femme se transforment petit à petit en violence puis en haine. Ceci est très bien caractérisé par ses mots et ses actes qui prennent une tournure tragique lui apportant enfin la paix souhaitée.

C’est le premier roman que j’ai lu de cette autrice et cela a été une belle découverte. J’ai adoré cette lecture.

À lire.

 

À propos de l’autrice

Nathacha Appanah est née le 24 mai 1973 à Mahébourg ; elle passe les cinq premières années de son enfance dans le Nord de l’île Maurice, à Piton. Elle descend d’une famille d’engagés indiens de la fin du XIXe siècle, les Pathareddy-Appanah.

Après de premiers essais littéraires à l’île Maurice, elle vient s’installer en France fin 1998, à Grenoble, puis à Lyon, où elle termine sa formation dans le domaine du journalisme et de l’édition. C’est alors qu’elle écrit son premier roman, Les Rochers de Poudre d’Or, précisément sur l’histoire des engagés indiens, qui lui vaut le prix RFO du Livre 2003.

Son second roman, Blue Bay Palace, est contemporain : elle y décrit l’histoire d’une passion amoureuse et tragique d’une jeune indienne à l’égard d’un homme qui n’est pas de sa caste.

Ce qui relie tous ces récits, ce sont des personnages volontaires, têtus, impliqués dans la vie comme s’il s’agissait toujours de la survie. Les récits de Nathacha Appanah sont simples comme des destinées, et leurs héros ne renoncent jamais à consumer leur malheur jusqu’au bout. L’écriture, comme chez d’autres écrivains mauriciens de sa génération, est sobre, sans recours aux exotismes, une belle écriture française d’aujourd’hui. Quant aux sujets, ils évoquent certes l’Inde, Maurice, ou la femme : mais on ne saurait confondre Nathacha Appanah avec une virago des promotions identitaires. Son dernier roman le confirme assez qui nous entraîne insidieusement dans les méandres de l’intimité.

Source : ile-en-ile.org