Celui qui est digne d’être aimé d’Abdellah Taïa

Editions du Seuil. 144 pages. Sorti le 5 janvier 2017.

 

Résumé et avis

Celui qui est digne d’être aimé est un roman épistolaire basé sur des lettres dont Ahmed, un marocain de 40 ans vivant à Paris depuis quelques années, en est soit l’auteur soit le destinataire. Ces lettres remplies de colère décrivent la nature de ses relations avec sa mère, ses anciens amants et amis et témoignent de la souffrance qu’il a emmagasiné au fil des années.

Ici on retrouve les ingrédients qui font les romans d’Abdellah Taïa, c’est-à-dire, la jalousie, l’amour, la femme qui assume sa sexualité et son pouvoir sexuel, on retrouve le jeune homme homosexuel parfois abusé à l’adolescence, les antagonismes riche/pauvre, homme/femme, dominant/dominé et bien sûr la religion.

C’est le troisième roman que je lis de cet auteur, j’avais lu auparavant Le jour du roi et Infidèles. Ce qui frappe de prime abord dans la lecture de ce roman c’est la colère immense d’Ahmed. C’est un sentiment qui anime régulièrement les personnages de l’auteur mais cette fois-ci Abdellah Taïa est passé à un degré supérieur en intensité.

« Tu étais notre mère, Malika, mais on ne t’aimait pas. On ne t’adorait pas comme les autres adoraient leur mère. »

D’autres thèmes ressortent de ce livre dont voici quelques-uns.

L’acculturation et la crise identitaire. Ahmed, en devenant un Parisien, a perdu son identité, sa culture, sa langue et donc une partie de lui-même. C’est comme s’il était un imposteur. Son ancien amant a tout fait pour gommer toute arabité qu’il y avait en lui et il s’est laissé faire. Pour lui c’est une forme de colonisation. Le fait d’utiliser la langue française comme il le fait c’est comme s’il était un colonisé.

« A 30 ans, je ne parle même plus l’arabe comme avant. Au téléphone, mes sœurs rient de moi. J’ai à présent un accent bizarre quand je parle cette langue. Ma langue n’est plus ma langue. Quelle tragédie ! Et quelle tristesse ! »

L’homosexualité et la religion. Peut-on se permettre de dire à une personne que son âme ne saura pas sauvée car elle est homosexuelle ? N’est-ce pas le rôle de Dieu après tout ?

La femme dominatrice. C’est un personnage qu’on croise dans les romans de cet auteur. Il nous présente des femmes fortes, qui assument leur sexualité et en profitent pour asseoir leur domination sur les hommes. Ce sont aussi des femmes très dures, manipulatrices et qui rendent les autres émotionnellement dépendants. C’est aux antipodes de l’image de la femme musulmane soumise présentée habituellement dans les médias.

L’amour. Il y a toujours de l’amour. C’est parce qu’il aime qu’Ahmed (et les autres personnages d’ailleurs) souffre. Malgré les méchancetés et les relations inégales que les personnages entretiennent, l’amour est présent et transparaît dans les lettres.

Les lettres sont présentées dans une chronologie inversée, plus on avance dans la lecture mieux on comprend le sentiment d’abandon d’Ahmed dans les deux premières lettres. De plus, Ahmed dans ses lettres s’exprime de manière claire, crue et sans tabou, toute cette violence est comme une forme d’exutoire. On sent qu’il a besoin de se vider et de se libérer de tout.

Je vous invite à vous procurer ce roman pour connaître les personnages et en savoir plus sur leurs destins. Roman à lire!

Né à Rabat en 1973, l’écrivain marocain Abdellah Taïa a publié, aux Editions du Seuil, plusieurs romans : L’Armée du Salut (2006), Une mélancolie arabe (2008), Le Jour du Roi (Prix de Flore 2010) et Infidèles (2012). (Sources Editions du Seuil http://www.seuil.com/auteur/abdellah-taia/8967)

 

Vous pouvez commander Celui qui est digne d’être aimé sur le site des Editions du Seuil.

Visitez la page Facebook d’Abdellah Taia.

Bonne lecture!

 

 

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