Des pierres dans ma poche de Kaouther Adimi

Editions du Seuil. 176 pages. Sorti le 3 mars 2016.

 

Résumé et avis

La narratrice est une jeune femme de 30 ans qui vit et travaille à Paris dans une maison d’édition spécialisée dans la publication de magazines pour enfants. Elle a quitté l’Algérie pour terminer ses études en France et est finalement restée. Elle mène une vie ordinaire jusqu’au jour où elle reçoit un appel de sa mère lui annonçant les fiançailles de sa petite sœur. Les souvenirs de l’Algérie et les questionnements l’envahissent. A mesure que la date de son départ approche l’angoisse grandit en elle.

A la lecture des premières lignes qui mentionnent un fait divers, je m’étais dit voilà un roman qui commence bien. Au fil des pages, j’ai vite réalisé que l’histoire n’allait pas dans le sens que j’avais espéré.

Ce roman pose les questions du célibat, condition qui n’est pas bien vue dans certaines sociétés et du déchirement entre deux cultures. Le texte est court ce qui ne permet pas d’approfondir ces deux sujets. J’aurais aimé en savoir plus sur la narratrice, sur son arrivée en France, ses attentes, ses rêves et ses déceptions. La suivre dans ses relations amoureuses si elle en a eu et pourquoi elle est restée célibataire, est-ce par choix ou par concours de circonstance. Cela nous aurait permis de compatir à sa situation et de s’attacher à elle, ce qui n’arrive pas pendant la lecture du roman.

Le récit est rythmé par les appels de la mère qui à chaque fois parle de mariage et à un moment elle dit ceci à sa fille : « Hier, nous sommes sorties ta sœur et moi, et nous avons trouvé de beaux peignoirs en soie. Tu verras comme ils sont beaux. Je t’en ai acheté un pour ton trousseau de mariage. » Pour elle il est inconcevable que sa fille reste célibataire, elle veut croire à la possibilité d’un mariage et de préférence dans un avenir très proche. On sent bien la tourmente grandissante dans laquelle est plongée la narratrice qui pressent qu’elle ne peut pas s’échapper de son destin. Pour elle, les traditions et les valeurs sont importantes. La nostalgie de l’Algérie qu’elle a quittée est omniprésente puisqu’elle revient sur les douceurs de son enfance et de sa vie familiale saupoudrées d’anecdotes dénonçant sur un style humoristique les atteintes à la liberté d’expression et à la liberté de pensée. Par ailleurs, elle se plaint de son quotidien, de Paris qu’elle trouve un peu froide et de sa collègue Françoise qu’elle déteste. Les rares moments où elle se sent bien sont ceux passés en compagnie de Clothilde, une femme sans-abri qui est seule comme elle. La volonté de rentrer à la maison et de retourner vivre en Algérie plane sur le récit. Parce qu’au fond c’est peut-être le pays dans lequel elle se sentirait heureuse, auprès des siens.

« Je suis une barre médiane : bien au milieu, pas devant, pas derrière, pas laide, pas magnifique. Coincée entre Alger et Paris, entre l’acharnement de ma mère à me faire revenir à la maison pour me marier et ma douillette vie parisienne. »

Pour un lecteur qui n’est pas imprégné de ces cultures dans lesquelles être marié confère un statut élevé, où la femme n’a de valeur que lorsqu’elle est mariée, c’est difficile de comprendre l’angoisse de la narratrice. Les femmes subissent une pression sociale énorme sur le mariage, les hommes aussi par ailleurs mais pas autant qu’elles. Je pense que si le roman avait été plus long avec plus d’éléments sur la narratrice, on aurait perçu davantage le poids qu’elle porte sur elle et son appréhension pour son retour au pays. L’auteure semble ne pas avoir voulu orienter son roman dans cette direction.

Concernant l’écriture, je l’ai trouvée fluide, agréable, très plaisante et drôle. C’est une auteure que je vais suivre et je lirais bien son troisième roman Nos richesses dont la date de parution est prévue pour le 17 août 2017.

Des pierres dans ma poche est disponible sur le site des Editions du Seuil.

Suivez Kaouther Adimi sur Instagram et sur Twitter @kaoutheradimi.

 

A propos de l’auteure

Kaouther Adimi est née à Alger en 1986. Elle vit et travaille à Paris. Son premier roman, L’Envers des autres (Actes Sud, 2011) est d’abord paru en Algérie aux éditions Barzakh et a obtenu le prix de la Vocation. (Source : Editions du Seuil)

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