La fin de Mame Baby de Gaël Octavia

Editions Gallimard. 176 pages. Paru le 31 août 2017. 

 

Résumé et avis

Aline revient au Quartier après sept années d’absence. Elle est infirmière à domicile auprès de Mariette, une femme qui vit seule passant ses journées sur son rocking chair. Mariette ne s’est jamais remise d’un drame qui a bouleversé sa vie et qui par ailleurs a été aussi la source de réjouissance de tout le Quartier. L’auteure, pas à pas, apporte des éléments qui lèvent le voile sur le mystère qui les entoure, à la manière des pièces d’un puzzle qui s’assemblent pour former une image. Au fil des pages la narration nous révèle les liens entre les personnages. Mame Baby, élève brillante proche de Mariette, elle quitte le Quartier pour mener des études à l’Ecole Normale Supérieure. Elle n’oublie pas d’où elle vient pour autant et après quelques années elle revient pour aider ceux qui sont restés. Blanche, amoureuse de la terreur du Quartier va s’occuper de Mariette pendant un temps. Le retour d’Aline c’est aussi une commémoration de ceux qui ont perdu la vie au Quartier, tout en sachant qu’une partie des questions resteront sans réponses. La fin de Mame Baby est un roman sur la relation complexe qu’entretiennent les femmes, tantôt amies tantôt rivales mais toujours prêtes à se soutenir dans l’Assemblée des femmes.  Plusieurs thématiques sont évoquées, la place de la femme dans l’espace publique, la maternité, la relation de la mère avec son fils, les libertés individuelles et bien d’autres encore. Gaël Octavia dépeint d’une manière douce  le Quartier, siège de scènes de violence, des jugements sur chacun et où l’appartenance à un groupe est de rigueur, on est Noir ou Blanc, on est du Quartier ou en dehors du Quartier. Le suspens est bien entretenu avec des révélations qui arrivent au bon moment et qui nous prennent par surprise.

Roman intéressant à lire.

La fin de Mame Baby est disponible dans les librairies. Vous pouvez l’acheter sur le site des Editions Gallimard.

Visiter le blog de Gaël Octavia ici.

Bonne lecture!

Extraits :

« Au cinéma, on venait quérir cet illusoire sentiment de gloire qui vengeait les petites humiliations, l’impuissance du quotidien. Et il faut croire que même les forts du Quartier, les durs à cuire, ceux qui terrorisaient tout le monde, en avaient besoin, car on les surprenait eux aussi à fréquenter l’enceinte calfeutrée. Le cinéma se transformait momentanément, de maîtres du Quartier en individus ordinaires, presque sympathiques. » 

« Moi aussi j’aurais aimé que ma mère soit autre. Même mauvaise. Elle aurait pu être mauvaise d’une autre façon. J’aurais préféré une mère maquerelle, par exemple. Une mère fière de la beauté de sa fille au point de la vendre au plus offrant. Une exhibitionniste qui m’aurait fardée, vêtue de vêtements provocants avant d’aller me montrer à tout le Quartier. Une telle mère aurait pris soin de mon corps. » 

« C’est l’homme qui obsède les femmes comme Mariette, comme la petite Blanche. Un amant, un fils. L’homme et rien d’autre. C’est la grande contradiction de Mariette. Elle passe sa vie à mettre en garde des jeunes filles imaginaires contre les ravages de la passion, mais le jour où une jeune femme en chair et en os semble avoir compris le message, elle s’en méfie, la considère avec un mélange d’incrédulité et de déception. » 

« Pendant que Mame Baby brillait à l’Ecole Normale Supérieure, Mariette cherchait à se marier. Elle croyait que se marier était dans l’ordre des choses. C’était ce qu’on lui avait appris. Sans doute avait-on souligné que, dans la vie, on était la fille de quelqu’un puis la femme de quelqu’un, parce qu’il y avait deux mots pour désigner le garçon et le fils, mais un seul pour la fille, de même que deux mots distinguaient l’homme et le mari, tandis que la femme n’en avait qu’un. » 

« La famille était unie de nouveau. La mère avait, par sa mort, accompli ce que, de son vivant, elle avait échoué à faire: déployer ses bras multiples de statue hindoue, retenir les membres de la famille pour qu’ils ne s’éloignent pas trop les uns des autres. » 

« Dans le Quartier, les histoires d’époux et de maîtresses en ont jeté plus d’une au fond d’un fauteuil. Celles qui ne se remettent jamais d’un divorce. Il n’est pas difficile de comprendre pourquoi ces épouses flouées ont toujours suscité le mépris plutôt que l’empathie, même chez les autres femmes. Personne ne veut vraiment savoir pourquoi quinze ans, vingt ans, trente ans après, elles ont l’air d’en être au même point, vivent dans le même appartement, se balancent dans le même fauteuil faute de comprendre ce qui leur est arrivé. Pourquoi aucun métier, aucune marotte, pas même l’amour de leurs enfants ni l’amour de la vie, tout simplement, n’a su enflammer en elles une passion plus grande que celle dont elles brûlaient pour l’homme, une obsession plus féroce que l’image de l’homme ravi par une autre. Leur attitude envers leurs enfants, surtout, est inadmissible. Elles sont coupables de pulvériser un mythe auquel chacun veut s’accrocher, celui de la mère debout, de la femme transcendée par son statut maternel. » 

A propos de l’auteure

Gaël Octavia est née en 1977 à Fort-de-France et vit à Paris. Scientifique de formation, touche-à-tout autodidacte, ses champs d’exploration sont l’écriture, la peinture, la vidéo. Ses pièces de théâtre, lues ou créées en France, aux Etats-Unis et dans la Caraïbe, sont marquées par la société martiniquaise dans laquelle elle a grandi, tout en questionnant des thématiques universelles telles que les migrants, l’exclusion sociale, l’identité, la condition féminine… (Source: https://gaeloctavia.wordpress.com/a-propos/)

 

 

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