L’enfant de l’œuf d’Amin Zaoui

Editions Le Serpent à plumes. 208 pages. Paru le 7 septembre 2017.

 

Résumé et avis

Dans l’enfant de l’œuf, nous suivons le quotidien de Moul, son amante Lara une réfugiée syrienne et son chien Harys dans une Algérie en mutation sous l’influence d’un islamisme qui souhaite amputer les personnes de leurs libertés fondamentales.

Concernant la construction du récit, la narration alterne entre celle du chien Harys et celle de Moul avec un texte découpé en chapitres très courts, en petits paragraphes comme dans un glossaire. Cela m’a fait penser aux recueils de pensées positives qu’on peut trouver dans certains livres de développement personnel. Sauf que dans ce cas c’est un recueil de pensées plus ou moins délirantes sur la vie et sur la religion ou sa perception du moins. L’humour est très présent, le texte est très drôle voir parfois absurde. Au fur et à mesure qu’on avance dans la lecture et dans l’intrigue qui devient de plus en plus dramatique, l’humour diminue jusqu’au point où on ne rit plus du tout. J’ai trouvé cela vraiment habile. Dans cette folie généralisée on se demande si tout cela est bien réel.

« De ma vie, depuis que je suis ici, je n’ai vu sa maman, elle ne lui a jamais rendu visite. J’ai toujours imaginé que Moul était un enfant de l’œuf ! Il est sorti d’un jaune d’œuf ! »

« Quand je fais pipi sur l’image d’un président déchu. Je me sens triste. Je n’aime pas me faire plaisir sur un cadavre. Un fini, un déchu. Alors que pisser sur une grosse tête encore aux commandes me procure jouissance et extase. Nirvana ! »

L’auteur utilise un humour décapant pour dénoncer tout un système. Tout y passe, la religion, les politiques, les hommes ou encore le racisme anti-Noir des arabo-musulmans. La vision de Moul sur sa copine ne portant pas de dessous et le vin reviennent sans cesse de manière obsessionnelle dans le texte tout comme l’acharnement de celles et ceux qui utilisent la religion pour séparer, juger, condamner et dicter la conduite des Hommes.

« J’avoue, dès que je tire un long jet de pisse visant les photos des grandes personnalités politiques je me sens heureux. Soulagement absolu ! Extase matinale ! Je passe une journée de plein bonheur ! Les visages des politiques ou des hommes d’affaires sur lesquels je me soulage déterminent mon état d’âme de la journée. De huit heures du matin jusqu’à dix-neuf heures le soir. »

« Dans cette ville où j’habite comme dans n’importe quel ville du pays, l’Algérien n’irait jamais imaginer qu’un Arabe puisse être chrétien. Dans l’imaginaire algérien celui qui parle arabe est automatiquement musulman. Obligatoirement musulman ! L’arabe est la langue de l’islam. Il n’y a pas d’Arabe non musulman. »

Les propos sont parfois surréalistes ou déplacés à l’image de l’exemple suivant extrait de la page 55: « Ce soir je me suis demandé, sans oser poser la question à mon maître Moul : Y a-t-il dans le paradis d’Allah, le Tout-Puissant des chiennes houris ? Seigneur, je demande Votre pardon si ce que je dis est prohibé, haram, mais je suis curieux. Je rêve d’une dizaine de chiennes houris en chaleur ! » ou encore cet extrait de la page 83 : « Il faut que j’apprenne la langue officielle du paradis. Je veux aboyer en arabe. Aboyer officiellement et licitement dans la langue officielle du paradis ! »

C’est un livre qui peut déranger certains et peut être vu comme blasphématoire. Je n’ai pas senti une critique de la religion mais plutôt une critique de ce que les Hommes en ont fait et en font. C’est un combat contre la pensée unique et la revendication des libertés individuelles, la liberté de penser et la liberté de choisir de pratiquer la religion comme on la comprend comme on la sent et comme on le veut.

« Aujourd’hui est un vendredi, la Syrienne ne viendra pas. Par respect elle ne consomme pas du vin rosé le jour de la grande prière des musulmans. Elle refuse de coucher avec Moul en ce jour d’Allah. (…) Moul ne fait pas de distinction entre entre les sept jours d’Allah ; il boit son vin quand il a envie de boire, le lundi comme le mercredi ou le vendredi, qu’importe. »

Ce livre est une ode à la liberté, à l’amour et à la culture. A lire !

Vous pouvez acheter ce livre dans les librairies.

Résumé de l’éditeur :

Harys, le narrateur, est un bon chien, un caniche qui aime son maître, qui aime ses chaussettes puantes, son haleine parfumée au vin rouge, sa voix quand il chante Bécaud. Ils habitent tous deux à Alger et son maître a pour maîtresse une chrétienne réfugiée de Damas, au corps vibrant de désir et à l’âme bouleversée par la guerre. Ce trio bancal, cacophonique, passionné, tient le journal de sa lente destruction dans une Algérie rongée par l’islamisme des Tartuffes. Magnifique, douloureux et fantasque, tel est L’Enfant de l’œuf, neuvième roman d’Amin Zaoui où l’auteur, avec un plaisir et une méthode qui rappelle le Sade de La Philosophie dans le boudoir, s’en prend systématiquement à toutes les formes d’autorité, au nom de la liberté. 

 

A propos de l’auteur

Amin Zaoui, écrivain de langue française et arabe, est né à Bab el Assa, Algérie. Il est professeur de littérature maghrébine à l’université d’Alger. (Source Le Serpent à plumes)

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Bonne lecture !