Lézardes de Beata Umubyeyi Mairesse

Editions La Cheminante. 176 pages. Sorti le 16 février 2017

 

Résumé et avis

Lézardes est un recueil de nouvelles sur le Rwanda à différentes périodes, avant, pendant et après le génocide. De douloureux souvenirs sont évoqués par les enfants et par les adultes qu’ils sont devenus.

J’ai bien aimé le choix de nouvelles qui délivrent un récit fragmenté sur le génocide. Des faits marquants sont dévoilés petit à petit, venant par bribe comme si les souvenirs s’étaient éclipsés pendant un moment. L’auteur ne nous raconte pas de manière continue la vie d’un ou de plusieurs personnages sur une période mais elle nous décrit des scènes dans lesquelles on va retrouver des personnages à des âges différents. On découvre ces enfants, victimes de violences et à qui tout leur a été volé. Ils ont été privés d’enfance, de mère, de père, de famille et d’une vie normale d’enfant qui s’amuse et qui n’a pas conscience des problèmes des adultes. L’auteure a écrit de manière pudique et je dirai même voilée pour transcrire des paroles ingénues d’enfants qui ont été témoins de choses qu’ils ne comprenaient pas. Donc tout n’est pas révélé, on devine ce qui leur est arrivé. Pendant l’enfance les souvenirs étaient des blessures, à l’âge adulte ils sont devenus des cicatrices. Ce sont ces marques gravées pour la vie dans leur tête et dans leurs chairs qui les amènent à commémorer pour d’une part ne jamais oublier mais aussi pour que l’humanité ne reproduise plus de drame identique. Par ailleurs, dans les récits aucune haine ni désir de vengeance ne sont exprimés, juste un peu d’amertume. Seuls des messages de réconciliation et d’espoir sont mis en avant. Les victimes se doivent d’apprendre à vivre avec leurs bourreaux et d’éduquer pour que la génération suivante puisse voir en l’autre le frère ou la sœur et non l’ennemi.

« Mon mari était arrivé seul, deux ans avant nous, avec la détermination et l’appétit d’un conquérant. Les enfants ont vite appris la chanson, celles des grands espaces et des rêves immenses qu’offre l’Amérique à ceux qui n’ont pas peur. Moi, je suis venue à reculons. Je suis une femme d’intérieur, de l’intérieur du « grand ailleurs » et c’est dans la cour d’une maison disparue, au cœur de mon tout petit pays où j’avais grandi dans la peur, que j’ai enterré mes rêves. »

Pour finir j’ajouterai que c’est une belle surprise à la fois déchirante et émouvante mais aussi pleine d’espérance. Un des meilleurs livres que j’ai lu cette année. A lire!

Lézardes est disponible sur le site des Editions La Cheminante.

A propos de l’auteur

Beata Umubyeyi Mairesse est née a Rwanda en 1979. Elle est arrivée en France en 1994 après le génocide qui a frappé son pays. Après des études à Science-Po Lille et un DESS en développement et coopération internationale à la Sorbonne elle a travaillé pour des ONG. En 2016, elle a reçu le Prix littéraire François Augérias pour son premier recueil de nouvelles Ejo.