On m’appelle Nina d’Antoinette Tidjani Alou

Editions Présence Africaine. 142 pages. Paru le 9 mars 2017. 

 

 

Résumé et avis

On m’appelle Nina est une autofiction basée sur la vie d’Antoinette Tidjani Alou.

Quatrième de couverture:

Vilhelmina, jeune femme jamaïcaine, quitte son île pour des études supérieures en France. Elle y rencontre Ali qui vient du Niger, vaste pays dont elle ignorait l’existence. Elle s’exilera donc, non pas au Nord mais dans les sables sans mer du Sahel. Si, pour les beaux yeux d’Ali, elle accepte de vivre dans son pays de l’extrême, c’est que cette femme amoureuse adore le défi. Le Niger comblera, rapidement, durablement, ce penchant aventureux.

Quatre chapitres composent le texte : 

  • Dormance relate les débuts au Niger et les tensions dans son ménage. 
  • L’Enfant Bleue est le chapitre le plus long du roman. Il relate l’histoire et la maladie de Leïla, la fille de Nina.  
  • Une saison de si, l’avant dernier chapitre est une vision futuriste d’un Niger idéal, le rêve d’un pays où les conditions de vie sont meilleures. 
  • Renaissance, le dernier chapitre dans lequel l’auteure confirme son appartenance et son amour pour la terre du Niger. 

Nina a vu au-delà des apparences et des problèmes et a surmonté les différences culturelles et traditionnelles d’un pays qu’elle a appris à connaître et à en apprécier les beautés. Elle a réussi à se faire une place et à se faire accepter par les nigériens. Nina est une femme forte qui nous livre ses combats, ses doutes et espérances pour elle et pour la terre du Sahel. Bien qu’elle ait vécu une tragédie, celle de la perte d’un enfant, qu’elle ait traversé des moments de découragement et en dépit de ses questionnements récurrents sur son identité, une femme des îles au Sahel, elle est quand même restée au Niger auprès de son mari et de ses enfants. La vie ayant suivi son cours. La découverte du Nord et de ses montagnes bleues qui lui ont rappelé la Jamaïque ont définitivement conquis son cœur. Ce n’est pas un livre triste qui fait pleurer, c’est tout l’inverse qui se produit, l’expression de l’amour est plus forte que celle de la douleur bien qu’elle soit présente. J’ai perçu une reconnaissance et une acceptation du deuil ainsi qu’une volonté d’aller de l’avant. C’est un bel hommage et un témoignage d’amour à sa fille et aussi au Niger écrit poétiquement. Une histoire agréable à lire et pleine d’espoir, livrée à travers le regard d’une femme ouverte sur le monde et ayant un profond amour pour l’Afrique et pour l’humain. Un beau texte et aussi une jolie couverture.

Vous pouvez acheter ce livre sur le site internet des Editions Présence africaine.

A propos de l’auteure

Antoinette Tidjani Alou est née à la Jamaïque et vit au Niger. Elle est professeure de littérature française et comparée à l’Université Abdou Moumouni où elle dirige la nouvelle Filière en « Arts et Culture » et fonde un Laboratoire pour l’Etude, la Recherche, la Pratique et la Valorisation des Arts et de la Culture (LERVAP). (Source: Présence africaine).

Extraits:

« Iya en un mot aussi, qui, dit à la manière d’ici, veut dire « mère », sur de grandes étendues de l’Afrique. Mère, dans son immense étendue de sens, restreint ni aux femmes ni à la biologie. » 

« Moi et lui. Moi et vous. Moi et les filles. Sauce curry et mia yacua, Noël et Tabaski, la messe et la Fatiha, vos pieds dans mes plates-bandes et la bèche pour tout recommencer, l’insulte aux lèvres, le marché puant et ma cuisine propre, votre amour de la visite, à l’improviste, de préférence tôt le dimanche matin ou tard le soir, et mon amour du silence de ma chambre. » 

« En Afrique on est si généreux qu’on donne ce qu’on n’a pas. Rien fois rien égale un beau cadeau qui fasse honneur! » 

« Le jour où je découvrirai que ces règles ne sont pas aussi universelles que le prétend Ali, je les haïrais encore plus. De m’avoir eue, d’avoir fait de moi une triple imbécile : la victime d’un époux plus royaliste que le roi; la proie d’un continent hypocrite qui saigne les uns pour perfuser les autres; la dupe qui s’est sacrifiée, et non seulement par procuration, sur l’autel de valeurs révolues, si tant est qu’elles aient jamais existé à l’échelle vantée. Au grand banquet du donner et du recevoir africain, il y a ceux qui donnent, toujours les mêmes, la minorité, les bailleurs, les ventres mous; et ceux qui reçoivent, à savoir tous les autres. » 

« Moi: fantaisies blanches et rituels blancs d’une femme noire dans la terre ocre du Sahel. Vous : taquins et poseurs d’étiquette. Ali a ramené une nassara à la peau noire. Vous : lucides et évaluateurs : cette nassara ne tiendra jamais. Donnons-lui un an ou deux, à tout casser. Ce ne sera ni la première, ni la deuxième, ni la dernière fois… » 

« Aux Antilles, les enfants appartiennent à leurs mères, au Sahel ils appartiennent aux hommes comme il se doit. Mais les Antillaises n’ont jamais rien compris à ces choses-là, ayant tant perdu par acculturation-assimilation-aliénation. » 

« Que faire lorsque l’on s’aperçoit que ça ne va vraiment pas? Feindre, au nom de la paix? A cette paix-là je préfère mille guerres, toutes ouvertes. Je te mangerais bien la peau et les yeux, parce que tu as trahi et que je suis inassouvie et insoumise : je ne me rendrai jamais. Je veux ta peau et je veux que tu le saches. Je ne me couche plus devant la demi-vie. Je veux tout, et le pain et la mie, et j’exige ça juste de moelleux et pas plus, ferme comme il faut, mais sans excès, cuit à point et point trop. » 

« L’orgueil et la dignité devront saigner, certainement, pour qu’amour et vérité se rencontrent. » 

« Et comment se tenir sur une montagne de mensonges? » 

« Les caisses du pays sont vides mais les cœurs sont gros. Le ventre des enfants aussi et le ventre des femmes. » 

« J’avais promis à Ali que je ne le quitterais jamais, que je l’aimerais toujours, que j’aimerais tous ceux qu’il aime et que je l’aiderais à les aimer, par tous les temps. Je serais tout pour lui et à condition de l’avoir, lui, le prince de mon cœur à mes côtés, je ne manquerais de rien. » 

« Les yeux dans les yeux, je lui aurais dit : « Ali, mon amour, je suis tienne, à toi seul à jamais ». J’étais prête pour l’engagement total, pour l’amour absolu, mais l’occasion ne me fut jamais donnée : Ali et moi on s’est marié à distance. » 

« Je constate seulement que le pays d’Ali m’apporte une belle-mère, des beaux-frères, des belles -sœurs et d’autres parents et amis gentils et serviables, et me prend en échange l’homme pour qui j’ai tout laissé derrière moi et que j’ai du mal à reconnaître et à supporter. » 

« Je suis professeure de danse pour enfants expatriés et enfants locaux privilégiés depuis cinq mois. Contrairement à ce qu’Ali avait pensé, docteur-ès-lettres polyglotte, je chômais à Niamey avant d’accepter cette offre. Le pays ne marche pas comme il l’avait imaginé. Tout passe par la filière clientéliste des parents-amis-et-connaissances. Les parents-amis-et-connaissances d’Ali n’ont pas le bras long dans l’ordre contemporain, et nous sommes l’un et l’autre, trop fiers pour lécher les bottes. » 

« Le cœur est un étrange pays fait de souvenirs inventés à notre insu, d’oublis dommageables et d’affections étranges. Le cœur est un grenier que nous ouvrons trop peu, de peur de ce qui s’y tapit. Le cœur est un labyrinthe menant au foyer ardent de l’épreuve. » 

« Pour une certaine catégorie de l’humanité, la majorité, la dignité est un luxe. Il faut tuer son cœur. Faire des courbettes. Eviter les états d’âme. S’habituer. » 

« Je dis tout haut des pensées inconvenantes : que les vieux ne sont pas sages et respectables du simple fait d’être vieux; que la seule différence entre un jeune con et un vieux con c’est le nombre d’années de sévices. » 

« Sans pousser jusqu’aux dunes, j’ai vu, enfin, de vraies montagnes dans ce pays-ci. Mais avant les montagnes, la terre rouge. De profonds pâturages, beaux encore de leurs touffes d’herbes mortes, dorées, ruisselant au vent, s’inclinant sur notre passage. » 

« Epousés, toi et moi, advienne que pourra. Puisse la route être longue, longue, tenace comme l’herbe d’or, infinie comme le désert, infatigable comme la mer. »