Silence du chœur de Mohamed Mbougar Sarr

Editions Présence africaine. 416 pages. Paru le 21 juillet 2017.

Résumé et avis

Ce roman dépeint le quotidien de migrants africains en attente de régularisation dans une petite ville sicilienne. Très vite, la tension monte entre une partie de la population locale qui est de plus en plus réfractaire à la présence de ces migrants. Par l’intermédiaire des personnages touchants, nous découvrons les parcours émouvants et dramatiques de ces exilés ainsi que leurs attentes, leurs espoirs, leurs rêves et leurs désillusions. Nous apprenons ce qui animent les membres de l’association Santa Marta pour venir en aide à ces personnes.

« Ça peut pas être ça, l’Europe ! Pas possible ! Pas possible que ce soit pour ça que j’ai joué ma vie dans le Sahara puis dans la mer. On nous cache quelque chose. Pourquoi m’a-t-on mis ici ? Même Kayes est mieux que ce foutu village ! Où est le luxe ? Où est l’argent ? On nous cache à Altino. On nous garde ici pour nous empêcher de voir la vraie Europe. »

Avec des intriques bien ficelées, nous sommes très vite happés par les histoires stupéfiantes qui nous maintiennent en haleine jusqu’aux dénouements dans les dernières pages du roman. Nous retrouvons plusieurs genres, du conte, du théâtre, et de la poésie ajoutant soit du drame, du lyrisme ou du comique aux situations.

« Au début, on ne se parlait pas trop. Ce n’était pas de la timidité ou de la méfiance. C’était la peur de ne pas se comprendre. La peur de ne pas parler la même langue. Pourtant, après quelques heures, on savait qu’on parlait la même langue : la langue de la honte. Alors, on a commencé à parler, à construire notre fraternité comme une case autour de la honte. Quand un Libérien ou un Nigérian parlait en anglais, tous les autres comprenaient. Pourquoi ? Parce que ce Nigérian ou ce Libérien était avant tout un homme honteux qui s’adressait à d’autres hommes honteux. Ce n’est pas la honte de partir, c’est la honte de ne pas avoir pu rester, de ne pas avoir pu trouver sa place dans son pays. On ne part pas pour les mêmes raisons, mais chacun de nous a une raison qui est liée à ça, à la honte que la société lui a fait subir. Mais nous avons quand même parlé. Et plus nous parlions, plus la honte disparaissait. Comme si nos hontes se réconfortaient et se consolaient les unes les autres. Alors petit à petit la honte a laisser la place au Rêve. Parce que ça aussi, ça nous liait, le Rêve. »

C’est un très bon roman, captivant, bien écrit et qui donne des voix aux migrants. Pour moi c’est le meilleur roman de cette rentrée littéraire. A lire absolument ! Il est vraiment excellent ! Mohamed Mbougar Sarr est un auteur à suivre. Énorme coup de cœur.

« À la fin de mon récit , Mario et Valeria observèrent le silence, puis Valeria me demanda pourquoi j’étais parti de chez moi. Un long instant passa, puis je finis par répondre la seule, la seule chose qu’un homme qui est parti en laissant derrière lui ceux qu’il aime me semblait pouvoir dire : -Parce que je devais partir , Valeria. »

« Et ce qui se passe, c’est qu’une grande partie de l’Europe ne veut pas de nous ici, et ils le disent clairement, de la façon la plus violente qui soit. Ils disent que l’Europe ne peut pas accueillir toute la misère du monde, alors qu’elle a contribué à créer cette misère. Qui est le plus misérable, entre celui qui n’a rien et celui qui lui a tout volé ? Qui est le plus misérable, entre celui qui fait la guerre et celui qui l’entretient ? »

Vous pouvez acheter Silence du chœur sur le site internet des Editions Présence africaine.

Suivez Mohamed Mbougar Sarr sur Twitter @Ememesss.

A propos de l’auteur

Né en 1990, Mohamed Mbougar Sarr est l’aîné d’une famille de sept garçons. Il intègre le Prytanée militaire de Saint-Louis en 2002. Après quelques distinctions au concours général sénégalais et lors de concours continentaux, et l’obtention de son Bac en 2009, il poursuit aujourd’hui ses études en France. Après avoir fait la Khâgne et l’Hypokhâgne, en Lettres, se confirme alors son goût pour la Littérature et la Philosophie. 

Il tient par ailleurs un blog chosesrevues.over-blog.com, espace de travail sur l’écriture, le style et la langue, et où il publie des textes de natures très différente.

En 2014 il publie son premier roman Terre ceinte aux Editions Présence africaine pour lequel il a été lauréat du Grand prix du roman metis en 2015 et du prix Ahmadou Kourouma.

Silence du chœur est son deuxième roman.

 

Bonne lecture!