Terre aride d’Elieshi Lema traduit par Ferdinand Tiburce Fortuné

Editions présence africaine. 264 pages. Paru le 22 février 2016.

Résumé et avis

Doreen, une enseignante, fait la connaissance de Martin. Ils vont très vite tomber amoureux l’un de l’autre et vivre une histoire d’amour fusionnelle. Après quelques années de mariage et une fille issue de leur union, Martin s’éloigne de Doreen sans la quitter pour autant. N’étant pas dupe, Doreen comprend que son mari fréquente une autre femme.

« Je crois qu’en annonçant que j’avais inopinément bifurqué pour commencer une nouvelle vie avec un homme totalement inconnu de la famille, je marquais le début d’un nouveau chapitre de notre existence. Soudain, ce groupe solidaire que nous formions commençait à se désunir et chacun avait peur pour sa survie. Rien ne serait jamais plus pareil. »

« Est-ce moi qui ai changé ? L’ai-je vu changer ? Le merveilleux de notre amour s’était-il envolé, étouffé par les normes sociales qui définissent notre place dans cette toile d’araignée à laquelle nous faisons davantage confiance qu’à notre cœur ? »

« Je ne me souviens plus à quel moment nous sommes devenus orphelin de nos sens qui, un temps, avaient été le pont qui nous reliait et se sont transformés par la suite en cet abîme qui nous a rendus étrangers l’un à l’autre. »

Ceci l’amène vers une réflexion sur les relations et les rapports de force dans la société. De là commence une introspection qui passe par l’analyse du comportement de différentes personnes de son entourage à commencer par sa mère, son frère, son père biologique et son mari et des relations qu’elle entretient avec elles. À défaut de pouvoir changer le comportement de son époux, Doreen va réaliser que ce qu’elle considère être de l’hypocrisie s’avère être en réalité la solution.

« En pensant à tout cela, je compris alors que Dieubéni ne pouvait être que le fils de maman, sa propriété en quelque sorte. Ce que ne furent pas les autres enfants qui suivirent, dont moi. Elle ne comprenait donc pas que Dieubéni, celui dont chacun pensait qu’il n’aurait pas dû exister, la quitte à jamais. »

Terre aride est un roman dans lequel Doreen, le personnage principal pose un regard critique sur les rapports entre hommes et femmes dans la société tanzanienne. Il est aussi question de la famille ainsi que de la place de l’amour et de son interprétation dans les relations : mari et sa femme, la mère ou le père et son enfant, le frère et la sœur, les femmes entre elles. L’auteure pose aussi la question de la place et du rôle de la femme voire de sa responsabilité dans la stabilité du foyer lorsque l’amour disparaît et que l’autre adopte un comportement déviant.

Je remercie les Éditions Présence africaine pour l’envoi de ce roman qui fût pour moi une belle découverte. Le texte est écrit avec finesse et justesse. Les réflexions sont posées de manière juste et délicate avec beaucoup de pragmatisme. J’ai été conquise par la qualité du texte qui est écrit avec finesse et justesse.

C’est un excellent roman dont je recommande la lecture.

Bonne journée.

 

4eme de couverture:

Personnage central de Terre aride, Doreen est enseignante. Elle se raconte à la première personne, scrutant d’une part ses relations avec les femmes membres de sa famille et collègues et exposant d’autre part ses relations avec les hommes, dont son frère. Elle navigue avec maîtrise entre introspection et regard porté sur sa société, avec tant de finesse et de sensibilité que son histoire, même si elle est profondément ancrée dans la terre tanzanienne, dépasse largement ce cadre. Par petites touches subtiles, parfois teintées de sensualité, l’auteure, Elieshi Lema, plonge au cœur des rapports entre femmes, et entre hommes et femmes, avec une sereine acuité. À travers l’histoire de Doreen, elle dresse un tableau original, à la fois très concret et très réfléchi de ces rapports en renversant la tendance habituelle à prendre pour référence le monde des hommes. De son oeuvre ressort une réflexion féministe et indépendante. 

Biographie de l’auteur
Elieshi Lema est née en Tanzanie en 1949. Elle suit une formation de bibliothécaire avant de faire des études de Lettres à l’université de Dar es Salaam, puis aux États-Unis. Elle est l’auteure de poèmes mais aussi de livres pour enfants, la plupart écrits en swahili. Elle oeuvre beaucoup pour la promotion de la lecture et a cofondé une maison d’éditions E & D Vision Publishing Ltd à Dar es Salaam.

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