La voix est le miroir de l’âme : mémoires d’une diva engagée d’Angélique Kidjo

Editions Fayard. 288 pages. Paru le 30 août 2017.

Résumé et avis

La voix est le miroir de l’âme, mémoires d’une diva engagée est une autobiographie de la chanteuse Angélique Kidjo. Elle nous livre un bel hommage à sa famille, à ses parents, aux ancêtres, à l’Afrique et aux artistes qui l’ont inspirés sans oublier les légendes.

Artiste engagée dans l’humanitaire et fervente défenseure de la justice, elle se sert de son art pour sensibiliser sur ce qui se passe dans le monde, sur la condition des femmes et des enfants, les maladies ou bien la protection de l’environnement. Plus qu’un livre, c’est un bel album photo commenté avec beaucoup de musique, de sonorités, de saveurs, de couleurs, d’amour et de générosité. Cela nous transporte dans les quatre coins du monde à la découverte des peuples, de leurs traditions, leurs cultures, Angélique Kidjo nous offrant ses recettes de cuisine savoureuses à la fin du livre.

Mon cœur a vibré plusieurs fois tout au long de cette lecture passionnante. J’ai bien aimé comment des sujets graves ou des éléments de l’histoire ont été insérés harmonieusement dans le texte.

«Trop souvent, les gens dépeignent mon continent sous un jour négatif, ne l’évoquant que pour dénombrer ses multiples problèmes. À les entendre, il s’agirait d’un autre monde, d’un endroit affreux. Ils oublient que nous sommes tous africains, que nous faisons tous partie de la mémoire commune de l’humanité.»

«J’ai écrit « Agolo » pour prier chacun d’entre nous de prendre soin de notre mère nourricière, la planète Terre. En Fon, Agolo signifie « s’il vous plait ». La Terre nous a nourris et donné tout ce dont nous avions besoin pour exister, et nous n’avons pas su donner en retour.»

C’est une biographie qui relate son parcours, cependant j’ai plus ressenti une mise en avant des personnes qu’elle a croisées dans sa vie et de son entourage. J’ai perçu beaucoup d’humilité, de reconnaissance et de gratitude. Son histoire est une célébration de l’amour, de l’amitié, du partage et de la solidarité entre les peuples, c’est nostalgique et sentimental.

«Je trouve scandaleux que le monde soit si inéquitable. Jamais je ne pourrais m’y faire.»

«Voir à quel point la musique africaine lui inspirait du respect me remplissait de fierté. Alors que la société regarde trop souvent les Africains de haut, les véritables artistes savent à quoi s’en tenir. Leur sensibilité leur permet de percevoir la beauté de notre art.»

Bravo et merci à Angélique Kidjo et aux Editions Fayard pour ce merveilleux cadeau. Un très beau livre que je recommande, c’est ma lecture préférée de l’année. Excellent !

Vous pouvez acheter La voix est le miroir de l’âme, mémoires d’une diva engagée dans toutes les librairies.

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Visitez son site internet http://www.kidjo.com/

A propos de l’auteure

Angélique Kidjo est une chanteuse Béninoise de renommée internationale. Née le 14 Juillet 1960 à Ouidah au Bénin, Angélique Kidjo est très vite en contact avec le mileu artistique avec une mère chorégraphe et un père qui bien qu’étant fonctionnaire, pratique la photographie et joue du banjo durant ses temps libres.

Dès l’âge de 6 ans, Angélique danse dans le groupe de sa mère qui effectue des tournées en Afrique de l’Ouest. A 11 ans, elle intègre le groupe de ses frères dénommé « le Kidjo Brothers Band » et se familiarise avec le répertoire afro-américain soul et rythm and blues. 
En 1979, elle compose une chanson sur Winnie Mandela qui est diffusée à la radio. Elle rencontre le chanteur et producteur Camerounais Ekambi Brillant, qui lui fait enregistrer son premier disque en 1980, intitulé « Pretty ». Ce disque est co-produit par son frère Oscar Kidjo et lui vaut un succès Africain. 
En 1983, encouragée par Ekambi Brillant, elle va tenter sa chance en France. Elle intègre un groupe Bénino-Togolais dénommé « Alafia », puis en 1989 elle devient la voix d’un groupe Allemand connu sous le nom de « Pili=Pili ». Elle fera plusieurs autres collaborations musicales.

En 1989, Angélique Kidjo démarre réellement une carrière solo avec le lancement d’un album intitulé « Parakou ». Cet album a plusieurs colorations : makossa, zouk, reggae soul et jazz. Cette année-là, Angélique multiplie les grandes scènes parmi lesquelles l’Olympia où elle effectue la première partie de la chanteuse Sud-Africaine Myriam Makeba. En 1992, sa carrière devient internationale à travers des tournées au Japon, en Australie et aux Etats-Unis. Depuis elle poursuit sa carrière en faisant des collaborations avec des artistes de renom tels que Joss Stone, Carlos Santana ou Alicia Keys. Sa carrière lui a valu de nombreuses distinctions telles que plusieurs Grammy Awards, le prix Go Global des musiques du monde ou le Song lines music award au Royaume-Uni en 2013 dans la catégorie du meilleur artiste. (Source : http://www.acotonou.com/qui/profil.asp?id=6)

Extraits:

P25. Trop souvent, les gens dépeignent mon continent sous un jour négatif, ne l’évoquant que pour dénombrer ses multiples problèmes. À les entendre, il s’agirait d’un autre monde, d’un endroit affreux. Ils oublient que nous sommes tous africains, que nous faisons tous partie de la mémoire commune de l’humanité.

P70. Qu’est-ce que tu viens faire ici ?

-Je suis venue m’inscrire.

-Tu es africaine ?

Toutes les deux posaient sur moi un regard dur. Il n’y avait pas l’ombre d’un sourire sur leurs lèvres.

-Oui, ai-je répondu, en me demandant où elles voulaient en venir.

-Le jazz n’est pas pour les Africains.

De toute évidence, elles estimaient que cette musique était trop sophistiquée pour ces rustres d’Africains.

P71. Comme vous pouvez l’imaginer, les premiers mois au CIM n’ont pas été simples. À chaque fois que j’ouvrais la bouche, j’entendais des sarcasmes : « C’est du français, ça ? Il faudrait avoir un dictionnaire sous la main pour comprendre ce qu’elle raconte ! » Au Bénin, on apprend un fançais très académique. C’est sans doute difficile à croire, mais d’une certaine manière les Africains francophones parlent mieux le français que le parisien lambda.

P75. Nous autres, les occidentaux, on croit tout savoir sur la musique, mais on n’a rien inventé. Tout vient d’Afrique. (Jasper Van’t Hof, pianiste néerlandais).

P76. Voir à quel point la musique africaine lui inspirait du respect me remplissait de fierté. Alors que la société regarde trop souvent les Africains de haut, les véritables artistes savent à quoi s’en tenir. Leur sensibilité leur permet de percevoir la beauté de notre art.

P112. J’ai écrit « Agolo » pour prier chacun d’entre nous de prendre soin de notre mère nourricière, la planète Terre. En Fon, Agolo signifie « s’il vous plait ». La Terre nous a nourris et donné tout ce dont nous avions besoin pour exister, et nous n’avons pas su donner en retour.

P113. Je trouve scandaleux que le monde soit si inéquitable. Jamais je ne pourrais m’y faire.

P116. Accoucher est un moment joyeux et solennel. C’est le moment où l’on peut contempler la beauté de la création divine. Pour moi, Dieu ne peut être comparé à rien. Dieu est un amour sans frontières.

P134. Voici le casse-tête que nous devons résoudre : comment améliorer le niveau de vie d’un peuple et l’aider à s’intégrer dans le monde moderne sans détruire la beauté de ses cultures traditionnelles ? Sans être responsable de la disparition définitive d’un trésor culturel ?

P137. Il existe un adage dans mon pays : « Les mots c’est comme des œufs. Une fois qu’ils sont tombés et qu’ils se sont cassés, on ne peut plus leur rendre leur forme initiale. »

p143. D’une certaine manière ce qu’on appelle musique traditionnelle n’est pas figé, dans la mesure où elle évolue au cours du temps, s’adaptant à son époque et s’enrichissant au fil des années. Si elle ne s’était pas modernisée de la sorte, elle aurait tout simplement disparu. J’ai toujours un problème avec les gens qui se considèrent comme des puristes de la musique africaine, et me parlent de la musique traditionnelle sans être le moins du monde conscients de son évolution. Ils ont l’image idéalisée d’un art figé dans le temps, fossilisé, qui doit être préservé comme une pièce de musée. C’est une façon de voir les choses plutôt rigide et sectaire, comme si l’Afrique était une entité exotique qui ne pouvait ou ne devait pas évoluer. Il s’agit d’un fantasme occidental ; d’une croyance en une terre primitive imaginaire qui n’aurait pas changé depuis que l’Homo Sapiens a quitté l’Afrique.

P157. -Comment ça se fait que tu sois si bien éduquée et si éloquente alors que tu viens d’Afrique ? Quand je lui ai demandé ce qu’il voulait dire par là, il m’a expliqué qu’à l’école, on lui montrait des livres d’histoires où les Africains étaient présentés comme des sauvages, avec des photos où on les voyait avec un os dans le nez. Cela, lui avait-on enseigné, était l’Afrique. Au fil de notre conversation, il a pris conscience que sa génération avait été dupée. Justifier l’esclavage en dénigrant les Africains – Vous voyez, on vous a sauvés : sans nous, vous seriez comme ces sauvages – est doublement ignoble.

P165. Quand on aime une personne, on doit la laisser libre.

P190. La plupart du temps, les médias sous-estiment l’Afrique, sa beauté et sa richesse culturelle et historique. Des raisons politiques et économiques sont avancées pour justifier cette présentation critique de mon continent, comme s’il était à la traîne du reste du monde. Ce regard sur l’Afrique trouve son origine aux temps sombres de la traite des Noirs et de la colonisation, lorsque l’égalité des être humains et de leur contribution à l’humanité était ignorée ou niée. À partir du moment où on a compris ça, on doit s’interroger sur ce qu’on fait pour changer les choses.

P233. À chaque fois que je retourne sur le continent qui m’a vu naître, la force des Africains me rappelle à quel point l’existence est précieuse. Malgré leurs conditions de vie difficiles, ils continuent à rire et à apprécier la vie autant que possible.

P271. Pour que la vie des Africains changent vraiment, il faut qu’ils soient eux-mêmes impliqués dans ce changement. Ce n’est peut-être pas si difficile à faire mais il faut une vraie relation humaine et personnelle. Si vous apprenez à vous connaître mutuellement, si grâce à la musique et les arts vous commencez à connaître la culture de celui que vous voulez aider ou de celui qui vous aide, alors seulement, l’heure du vrai changement pourra sonner.

P272. Car voici que l’Amérique , une certaine Amérique qui regarde avec cynisme vers le passé, veut construire des murs ! Des fantômes qui s’étaient tus recommencent à parler : mépris pour les femmes, pour les minorités, pour les Noirs dont l’accession à l’égalité, au succès, au pouvoir est insupportable à une fraction raciste de l’Amérique.